Safari

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Mercredi, Avril 15, 2026 [ROMAN]

I2V Chapitre 7.2

- Marcel, auparavant ! -

Marcel descend à Sion. Il a rendez-vous avec des partenaires commerciaux. Ce n'est pas qu'il aime faire du trafic de drogue, mais hélas, il n'a pas trouvé d'autres emplois depuis la fermeture du restaurant d'Anzère. Alors, il accepte de transporter du cannabis depuis Sion, qu'il diffuse sur les coteaux ensoleillés du Rhône : Savièse, Grimisuat, Anzère et même jusqu'à Crans-Montana. Avec sa petite moto qu'il a retapée, il est mobile. Le seul problème, c'est la neige. Il faut bien calculer son coup pour ne pas être bloqué quelque part sur la route.

Il prend d'ailleurs parfois le bus, quand il n'a pas trop le choix, mais cela l'embête de perdre encore le peu d'argent que son herbe lui rapporte en "frais de transport". En cela, les Suisses sont fous. Cela doit bien être le seul pays où voyager en transports publics coûte plus cher que de voyager en véhicule personnel, surtout si c'est une moto.

Les habitants s'enorgueillissent d'avoir des véhicules en ordre qui sont toujours à l'heure, oui, mais à ce prix-là, c'est bien le minimum. De là à savoir si ça vaut ce prix-là, Marcel laisse cette réflexion aux économistes diplômés.

En Guinée, avec des prix pareils, les gens auraient déjà fomenté une révolution. Ici, en Suisse, les gens sont abrutis par une communication qui laisse penser que le pays est propre, sans corruption et l'un des plus avancés du monde. Une fois que tu grattes le vernis, tu comprends assez vite que c'est le fruit d'une excellente communication qui abrutit les habitants du pays. C'est bien le mot.

La Suisse est un grand village. Tout le monde se connaît. Et même ici, en Valais, tout le monde est un peu cousin. Ainsi, les chauffeurs de bus ont très vite connu son nom, son occupation, ses centres d'intérêt. Ignace, le chauffeur principal qui l'amène régulièrement entre Sion et Anzère, a toujours un petit mot gentil. C'est vrai qu'avec en plus sa couleur de peau, c'est dur de se camoufler.

C'est pour cela qu'il n'aime pas prendre le bus. Car il a l'impression d'envoyer son agenda à tous les habitants de la région. Marcel aime la discrétion, il en a besoin. Ici, elle est très difficile à obtenir.

À Sion, Marcel retrouve son partenaire. Il lui donne l'argent qu'il lui doit sur la dernière livraison et il reçoit deux kilos de marijuana qu'il pose dans son sac à dos. Il devra s'occuper d'en faire des petits colis d'un gramme lorsqu'il sera "chez lui". Pour le moment, il remet son sac à dos sur l'épaule, cela va lui tenir une petite semaine.

Il salue son camarade avant de se rendre dans les toilettes publiques dans le passage sous-voie. Avec son couteau suisse, il dévisse une partie du faux plafond et y dépose son sac. Il n'aime pas trop trimballer autant de marchandises sur lui. Il va d'abord profiter d'aller manger un peu avant de prendre le bus pour retourner à Anzère.

Il se dirige vers le centre commercial de la Migros, vise le rayon épicerie et se dirige vers la caisse. Il s'est choisi deux paquets de sandwichs en triangle. En marchant vers la caisse, avec dextérité, il dépose subrepticement les deux sandwichs dans le creux de son aisselle, sous l'amplitude de sa grosse veste de moto.

À la caisse, il paie le chocolat qu'il a pris sur le présentoir juste devant. Il sort du magasin comme si de rien n'était.

De retour à la gare, il profite d'un petit muret pour s'asseoir et sort les sandwichs pour les manger. Il est au bout de son second triangle quand deux policiers s'approchent de lui.

— Tes papiers, gamin !

Il laisse tomber tout ce qu'il a dans les mains et fait un saut sur la gauche. Le policier le plus jeune lui saute dessus et le saisit à la gorge.

Marcel tombe sur le trottoir, mais il ne ressentira la douleur que plus tard. Il a de la peine à respirer ; le policier serre sa gorge plus fort.

— Tu n'as pas intérêt à avaler ta merde.

Marcel agonise sur le trottoir. Le plus âgé des policiers met sa main dans sa bouche, faisant de la place avec ses doigts. Il saisit une boulette dans la bouche de Marcel, qui est secoué par des soubresauts comme s'il vomissait, mais rien ne sort.

— Ah voilà… qu'est donc cette boulette blanche que tu tentais d'avaler ? De la cocaïne ?

Marcel tousse tandis que le policier desserre son étreinte.

— Ben non, c'est de la mie de pain.

Marcel connaît bien ces méthodes qu'il a déjà subies à Genève. Les flics appellent cela le safari : courir après les Noirs pour les étrangler et les empêcher d'avaler des boulettes de drogue qu'ils tentent d'ingurgiter pour se débarrasser des preuves.

Marcel déteste ces méthodes.

Il pose son pied contre le muret sur lequel il était assis. Il prend tout son élan et se jette la tête la première contre le ventre du jeune policier, qui étouffe un grand râle avant de tomber sur ses fesses.

Marcel s'enfuit ensuite en courant.

Il n'avait pas de drogue sur lui, mais il n'avait pas non plus de papiers. La fuite est donc une meilleure solution que de passer la nuit au poste.

Il se cache un peu plus loin, le long des rails de chemin de fer. Il reprend son souffle. D'où il est, il n'est pas très bien caché, mais il dispose d'une vue à 360 degrés sur les environs, ce qui lui permet de poursuivre sa fuite en cas de nécessité.

Il attend. Rien, ni personne.

Il revient vers les toilettes du sous-voie, reprend son sac à dos, avant de se diriger vers le bus qui part pour Anzère.

— Comment ça va, Marcel, aujourd'hui ?

Marcel salue Ignace. Puis, il s'assied dans un siège aux deux tiers du bus. Il attend le départ du véhicule, tandis qu'il voit, à quelques mètres de lui, les deux policiers qui discutent, scannant des yeux les environs.

Marcel s'écrase sur son siège tandis que le bus démarre.

Il l'a échappé belle.

Cette petite scène, il en vit de telles toutes les semaines. C'est pour cela qu'il diminue le temps durant lequel il a de la marchandise sur lui. Parce qu'ici, il est impossible de faire quelques mètres sans subir les affrontements avec les forces de l'ordre, même s'il n'a rien à se reprocher.

Enfin si, il est illégal dans ce pays. Et distribuer de la drogue est interdit.

Mais voilà, le pays préfère mettre la pression sur les sans-papiers, plutôt que de les aider, alors la criminalité est son seul moyen de survivre.

Le bus le dépose à quelques mètres de la place d'Anzère. Marcel a retrouvé son souffle et ses esprits. Il se dit qu'il a bien fait de ne pas être allé en moto jusqu'à Sion, puisqu'ici, à Anzère, la neige s'est remise à tomber.

Marcel regarde la neige.

C’est la première fois qu’il en voit autant.

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