Psychologiquement !

Psychologiquement !

Mercredi, Juin 17, 2026 [ROMAN]

IA2V Chapitre 16.2

- Marcel, auparavant ! -

Marcel sort du train : Yverdon-les-Bains. Une ville qui a des réputations diverses, entre drogue, ville d’étrangers, ville de gauche, mais aussi ville en opposition à Lausanne, petite ville sympathique au bord du lac, et bien d’autres réputations. Il y en a tant que Marcel ne sait pas que penser de cette cité lacustre chargée d’histoire aussi bien préhistorique que récente.

La gare est assez glauque, c’est vrai, il va d’ailleurs y passer une partie de son temps grâce à ses contacts de contacts genevois qui sulfatent la région en cocaïne et diverses substances. Dès que tu sors de la gare, tu arrives rapidement dans le centre-ville qui est tout mignon, pavé, avec des commerces qui sentent bon le passé récent. On dirait qu’ici, les voisins se connaissent encore. On est très loin de l’anonymat qu’offre Genève tout en accueillant avec une certaine joie les “avantages” de la ville. Des villes comme Yverdon, il n’en existe pas en Guinée. Chez lui, il y a des villes, des villages et la campagne. Une ville est soit énorme, comme Conakry, soit alors c’est un village fait de maisons en tôle et en terre. La “petite cité”, ça n’existe pas. Marcel gage d’ailleurs que ça n’existera jamais. Les gens chez lui s’amoncellent autour de la capitale. Quand il n’y a plus de place, alors les gens restent aux abords de la ville, multipliant encore la taille de la ville qui les agglomère avec le temps, puis d’autres viennent encore, jusqu’à ce que la ville devienne encore plus grande et ainsi de suite, indéfiniment.

Il a rendez-vous dans le centre de migrants. Il est reçu par Bernadette, la gérante du centre, qui lui explique les règles du jeu. En tant qu’immigré en attente d’une réponse de la part du canton, il a droit à un logement avec d’autres candidats dans des cabanes de bois un peu en dehors de la ville.

— Tu as un téléphone ?

— Oui, répond Marcel timidement, ne sachant pas si c’est bien ou mal.

Il poursuit :

— Le 076 427 43…

Bernadette le coupe :

— Non, pas un numéro, l’appareil ! Bon, si tu as un numéro, c’est que tu as l’appareil qui va avec.

Elle sort puis remet sous le banc un carton rempli de téléphones portables.

— Tu n’en as donc pas besoin, tant mieux. Ce sont des téléphones que des migrants remettent en ordre, mais ils ne sont pas neufs, donc pas sûr, mais c’est déjà ça.

Elle emmène Marcel dans un couloir. Elle ouvre une porte un peu plus loin.

— Voici ta chambre que tu partages avec Saïd et Benzema, que tu as vus en arrivant. Ils jouent au foot dehors. Ici, la vie est assez simple : tu restes atteignable et tu attends la réponse du canton. Ne cherche pas du travail sans papiers, on va encore avoir des problèmes. Si tu es sage, je t’en donnerai une chaque semaine.

Elle lui tend une enveloppe. Marcel s’en saisit et découvre qu’il y a quatre cents francs suisses à l’intérieur. Il rougit.

— Mais ?

— Pas de mais, faut bien que tu manges, non ? Tu verras, plus bas dans la rue, il y a un PMU qui fait de bonnes assiettes du jour pour pas cher, mais ne joue pas trop aux courses, d’accord ?

Marcel promet, il la regarde s’en aller tandis qu’il met son sac sous le matelas alors qu’il se couche sur le lit. Il met ses bras en croix derrière sa tête et repense à sa vie jusque-là. Il n’a pas eu beaucoup de succès à Genève, mais l’accueil ici, à Yverdon, est impeccable. Il a un lit, de l’argent et surtout du temps. Il se réjouit de rencontrer ses copains de chambrée. Ils jouent au foot. AU FOOT !

Marcel adore le foot. Il n’est pas très fort, parce qu’en Guinée, souvent occupé par remplir de petites missions à droite à gauche, il n’avait pas vraiment le temps, mais le peu qu’il s’y était essayé, il adorait ça.

Cela le rapprochait de ce qu’il aimait le plus : l’air extérieur, se dépenser, courir dans les prés et oublier un instant la vie autour de lui. À chaque ville une nouvelle vie. Celle-ci il la trouvait prometteuse.

En effet, le PMU d’en bas de la rue offrait de bons petits plats, mais pas seulement. Il y avait des “animateurs sociaux”. Ce sont des gens qui sont là et dont le métier consiste à vous expliquer la vie en Suisse. Ils vous donnent accès à une foule d’avantages modernes comme des excursions dans la région, la mise en contact avec d’autres immigrés en attente de décision et des activités comme les jeux de société, l’apprentissage des langues ou le reconditionnement de téléphones portables. Marcel s’était inscrit aux cours d’informatique. Non pas qu’il en ait besoin, des cours, mais cela lui donnait accès à un ordinateur. Bernadette lui avait même dégotté un petit ordinateur portable pour qu’il puisse travailler hors des cours depuis sa chambre directement.

Marcel en effet, s’était rapidement fait une réputation de petit gars qui pouvait nettoyer votre téléphone portable et alléger vos applications, de telle sorte qu’il avait très vite été nécessaire au sein du microcosme de l’établissement.

Il avait vite compris qu’en Suisse, plus vous êtes triste, plus il vous est arrivé des choses horribles et plus les “animateurs sociaux” se prennent d’une pitié qui ressemble presque à de l’amitié dans ce monde. Ils excusent tout. Chaque bêtise que vous faites n’est plus de votre faute, mais celle de votre père qui vous a ignoré ou de votre mère qui vous harcelait psychologiquement…

Le mot n’était pas facile à dire.

Comprenant cela, Marcel s’était inventé une vie horrible, faite de violences sexuelles et mentales. Contre toute attente, se créer une vie encore plus atroce que la vraie avait été salutaire pour lui. Cela lui permettait de prendre du recul, de “dézoomer” et de prendre conscience des règles qui régissaient la vie en Occident.

Il prit le temps d’écrire à son mentor. Il avait son ordinateur, sa chambre, sa petite vie bien rangée faite d’habitudes et de routines, la phase “Yverdon” allait pouvoir commencer. Son idée était simple : il allait créer un blog d’actualités.

Le plus dur n’a pas été de tourner les scènes, mais de savoir comment, techniquement, les publier. Marcel avait été, dès son arrivée à Yverdon, zonait dans les bâtiments sociaux offerts par la ville. Il y avait rencontré différentes personnes, surtout Gilberte, une femme d’une soixantaine d’années qui avait pris Marcel sous son aile.

- FIN DE LA PARTIE 2 -

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