
IA2V : Chapitre 3.1
Vous attendiez deux paquets à Buenos Aires, une nouvelle bagagerie pour votre moto et des éléments chauds pour votre hamac, car il va faire froid en Patagonie. Pour des questions budgétaires, vous êtes forcé de passer par la case camping, cela diminue vos frais.
La bagagerie est arrivée sans souci, mais les compléments pour vos nuits tardent à arriver et c'est sans eux que vous quittez Buenos Aires, non sans avoir organisé avec Davide, le réceptionniste de l'hôtel, que vous repasseriez bientôt pour prendre ce paquet-là.
Vous vous dirigez vers le port de Buenos Aires où un bateau vous attend. Buenos Aires est en face de Montevideo, à seulement quatre petites heures d'un ferry qui transporte des passagers et des véhicules. De par la configuration du terrain, passer par bateau vous prend quatre heures contre un peu plus de huit heures par la route.
Au port, vous posez vos bagages au check-in, vous traversez des contrôles douaniers, vous finissez par attendre, deux heures avant, le bateau dans une salle d'attente qui ressemble à s'y méprendre à un hall d'aéroport, sauf que c'est pour voguer.
Vous ressemblez à un touriste.
C'est une impression surprenante, après un an de voyage. Ici, vous n'êtes plus « ensemble », vous êtes un porte-monnaie sur pattes et les sommeliers, les taxis, les vendeurs de rue vous le font bien sentir.
Le voyage se passe bien, vous avez pris une auberge de jeunesse non loin du port. Un taxi vous y emmène parce que vous êtes beaucoup trop chargé avec la bagagerie de Lily. L'endroit est très sympa, c'est une petite auberge sur trois étages avec seulement huit chambres, une cuisine et sur le toit, une terrasse en rooftop qui donne sur les conteneurs du port. Vous serez en première ligne pour voir la moto arriver.
Vous profitez du dimanche pour préparer un peu la suite du voyage, un millier de kilomètres pour découvrir l'Uruguay, puis retour à Buenos Aires, cette fois par la route, pour prendre votre paquet avant de descendre au sud, avec pour premier objectif intermédiaire, Ushuaïa. La moto est censée être déjà là, vous avez rendez-vous lundi pour les documents et vous devriez être en passe de prendre la route dès mardi. Pour plus de sécurité, vous avez réservé l'auberge jusqu'à mercredi, prêt à prendre la route de bon matin.
Mais !
Lundi matin vous retrouvez votre contact dans un bureau au centre-ville de Montevideo. Vous lui tendez l'enveloppe avec tous les documents, mais Eduardo prend une voix fébrile pour vous annoncer :
— Le conteneur n'est pas arrivé. Il a été déposé au nord du Brésil. Il y a des grèves en Uruguay et le bateau a décidé de ne pas venir jusqu'ici et d'aller directement à Buenos Aires, donc on attend qu'un nouveau bateau charge le conteneur. J'ai quand même une bonne nouvelle, elle devrait arriver lundi prochain, cela vous laisse le temps de visiter notre capitale.
Il rit jaune. Bien sûr qu'il est gêné, que pouvez-vous y faire ? Vous vous dites que vous n'êtes pas à une semaine près. Vous décidez de profiter de ce temps pour visiter Montevideo.
Vous prolongez votre auberge d'une semaine et vous vous mettez à parcourir les rues de la ville.
Vous auriez dû prendre l'option de livrer votre moto à Buenos Aires quand vous étiez à Cape Town, mais on vous a tant parlé de la corruption qui subsistait dans le port argentin, de la volatilité des prix au moment de recevoir votre moto que vous avez préféré ne prendre aucun risque et la livrer à Montevideo, un port réglé comme un coucou suisse où le prix de départ sera le prix à l'arrivée, contrairement à ce qui semble se passer à Buenos Aires. D'ailleurs, vous avez trouvé le prix relativement bon marché : Cape Town - Montevideo, deux mois de voyage, pour 600 USD, c'est suffisamment raisonnable pour accepter une semaine de retard.
L'Uruguay est qualifié de Suisse de l'Amérique du Sud : une criminalité très très basse, une devise très très stable, une organisation très très structurée. Bref, un pays « très très ».
Montevideo est une ville mignonne, sans qu'elle vous émeuve particulièrement. De beaux monuments, une ville discrète, où chaque voyage en taxi vous coûte un bras et vous devez vous rabattre sur une cuisine que vous ferez vous-même car tout est à peu près deux fois plus cher qu'en Argentine, d'où l'idée d'y passer le moins de temps possible, car de ça, on vous avait prévenu. De temps en temps toutefois, vous dégustez la cuisine du pays parce qu'au final, vous êtes aussi là pour cela et pas seulement pour vous faire de mauvais spaghettis dans une cuisine trop sale.
Le contact avec les locaux est difficile, ils mettent une distance toute européenne entre les clients et eux, ce qui ne vous permet pas de tisser des liens. L'auberge accueille d'autres voyageurs dont le véhicule n'a pas de retard et que vous ne voyez hélas que passer. Pour le reste, ce sont de jeunes Brésiliens qui travaillent dans la finance et profitent de la stabilité de la monnaie uruguayenne pour optimiser leur rendement.
Vous êtes donc heureux de vous rendre à nouveau dans le bureau d'Eduardo le lundi suivant :
— Euh… en fait, le bateau qui était prévu est bien arrivé samedi, mais il n'avait pas compris qu'il devait prendre votre conteneur qui est toujours au nord du Brésil. Pas d'inquiétude cependant, on cherche une solution pour lundi prochain!
Vous vous énervez un peu.
— C'est une promesse ?
— Non, vous comprenez bien que personnellement je n'y peux rien, mais je vous promets d'essayer.
— Faites ça.
Vous prolongez d'une semaine votre auberge.
Le lundi suivant, Eduardo vous informe avant que vous vous déplaciez que le bateau a été trouvé, mais juste maintenant, et que votre moto arrivera seulement dans une semaine.
Vous l'insultez avec les formes avant de vous excuser. Il n'y est pour rien.
Vous prolongez d'une semaine encore votre auberge.
Vous resterez un peu plus d'un mois à Montevideo.
Malheureusement, avec tout le matériel que vous avez avec vous et le fait que chaque annonce se fasse chaque semaine, vous êtes bloqué ici, sinon vous seriez bien retourné à Buenos Aires.

