Les petits plats de Fernanda

Les petits plats de Fernanda

Vendredi, Mai 22, 2026 [ROMAN]

IA2V Chapitre 13.1

C’est agréable de revenir dans le voyage, au moins un peu. Le Chili, du moins dans le sud de la Patagonie, est une terre sauvage. Il n’y a pas de routes bitumées, beaucoup de verdure et une multitude de cours d’eau. Vous sortez votre cafetière italienne tous les matins et vous achetez une bouteille de pisco pour les soirées en solitaire.

Cela fait longtemps maintenant que vous n’avez plus de cigare, mais vous pensez que Santiago offrira ce service.

Dans le pays, une des spécialités, c’est le completo. Une sorte de hot-dog qu’on sert dans un petit pain brioché, nappé de guacamole et qu’on allonge soi-même de ketchup ou de moutarde. Vous en ferez votre repas de midi régulièrement, tandis que vous remontez vers le nord.

Depuis que vous avez quitté votre tiny house, la pluie n’a plus cessé. Parfois quelques gouttes seulement, puis des petites heures de déluge.

À moto, ce n’est pas agréable, d’autant plus que ces routes de ripio deviennent vite casse-gueule quand elles se gorgent d’eau.

Vous traversez des décors magnifiques qui pourraient faire penser à la Suisse, de par la hauteur des montagnes et l’humidité qui s’en dégage. Il ne fait d’ailleurs pas très chaud. Vous hésitez à sortir vos habits d’hiver et vos gants de moto, mais la pluie est trop forte. Ces équipements l’absorbent trop et il vous est difficile de vous mouvoir lorsqu’ils sont trempés. Vous vous décidez pour une tenue plus légère et vous faites le dos rond. Ça va bien finir par s’arrêter.

Vous roulez quelques heures, puis vous vous arrêtez pour la nuit, vous profitez de dormir chez l’habitant. Vous bénissez le poêle à bois qui brûle dans chaque maison afin d’y faire sécher vos affaires, chaque nuit, espérant qu’elles soient agréables à porter le lendemain, même si ce n’est pas toujours le cas.

Dans une des maisons, vous rencontrez Fernanda, une petite dame d’une soixantaine d’années qui vous accueille pour la nuit. Elle est fascinée par votre voyage, elle qui a rarement quitté son village. Vous échangez sur les pays d’Amérique du Sud, sur les gens que vous avez rencontrés. Elle s’étonne :

— De typiquement chilien, tu n’as mangé que le completo ?

Vous acquiescez.

— Je vais te faire découvrir la nourriture de ma région.

Vous resterez quatre jours dans ce lieu magique. À chaque repas, Fernanda vous cuisine de bons petits plats typiques, comme la chupe de locos, une soupe de fruits de mer et de coquillages, ou encore le pastel de choclo, une sorte de hachis parmentier au maïs et aux olives. Le plus surprenant reste ce dessert, le mote con huesillo, qui place une série d’abricots et de blé dans un verre rempli de vin, un assemblage très particulier pour un dessert.

Son époux, un vieil homme très gentil, passe son temps devant la télévision. Vous échangez quelques mots, régulièrement, avec lui, mais une vraie complicité s’installe entre Fernanda et vous. Elle aime vous surprendre avec ses plats typiques et votre curiosité le lui rend bien.

Autour de sa maison, il y a un parc qui abrite toutes sortes d’animaux, des chiens, des chats, mais aussi des poules et leur coq, des moutons et quelques vaches. Plus loin, une petite rivière vient longer le terrain, camouflée sous des branches d’arbres qui filtrent le soleil pour ne laisser apparaître que quelques rayons qui éclairent la petite clairière d’une aura magique.

Vous y êtes d’ailleurs abrité de la pluie. Il y a même une petite cabane abandonnée au cas où la pluie venait à s’intensifier, de temps en temps.

Vous prenez le repos nécessaire. Ce temps écossais vous invite à la réflexion. Vous mettez à jour vos films, vos textes. Vous êtes en paix.

Un matin, vous reprenez la route vers le nord. Vous entrez alors dans les fjords chiliens, à l’image de ce que l’on peut voir en Norvège. Les routes se font plus rares, interrompues souvent par de petits lacs qui vous forcent à prendre le ferry pour en relier les deux rives.

Vous êtes sur la carretera austral, une route moins célèbre que la panaméricaine, utilisée cependant par de nombreux voyageurs. Vous en croisez beaucoup à moto. Il y a quelques courageux à vélo, vous les plaignez du froid et de la pluie.

Vous avez bien fait de changer de route, de passer de l’Argentine au Chili, les deux voies n’ont rien à voir. Si l’Argentine vous présentait des décors à couper le souffle, mais rarement, le Chili change chaque dizaine de kilomètres, passant de la forêt à une sorte de jungle, puis à des prés avant de revenir sur de la roche, le tout rythmé par des bateaux qui voguent sur des étendues d’eau à chaque fois différentes.

Lors de chaque traversée, vous saisissez l’occasion de vous arrêter et de rencontrer d’autres motards. Ces navigations modifient vos itinéraires, en particulier dans le temps planifié chaque soir. Vous n’osez prévoir trop de route, ne sachant si les passages sont fréquents, en matinée ou en après-midi. Vous trouvez des informations sur internet, malheureusement il est difficile pour vous, avec tant de lacs et tant de bateaux, de savoir qui est qui et vous avancez au petit bonheur la chance.

D’ailleurs, vous hésitez à renoncer à remonter la Patagonie chilienne par le nord, lui préférant une croisière de deux jours sur une mer intérieure issue de l’océan Pacifique. La majorité du voyage se fait toutefois de nuit et le prix est rébarbatif, ce qui vous retient. Vous préférez chevaucher Lily.

Lors d’une traversée, vous rencontrez un couple de Français sur une BMW GS. Vous échangez quelques mots avant de reprendre la route, seulement quelques kilomètres, avant de vous retrouver sur le bateau suivant. Ils font eux aussi le tour du monde.

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