El Calafate

El Calafate

Vendredi, Mai 1, 2026 [ROMAN]

Chapitre 10.1

Vous quittez le Chili, que vous retrouverez bientôt, pour entrer en Argentine et parcourir cette fameuse Ruta 40. Enfin !

La douane se déroule sans souci. Bien que sur à peine cent kilomètres, vous passiez deux fois par la douane qui sépare l'Argentine du Chili et vice versa, vous vous attendiez à des facilités, du genre un document qu’on vous donne à une douane pour qu’on vous le retire à la suivante, ou n’importe quelle astuce pour rendre ce passage plus aisé, donc par conséquent plus fluide. Mais pas du tout. Chaque douane est comme n’importe quelle autre douane, sans aucune facilité. Vous avez besoin d’environ une heure à chaque fois, car si le visa n’est pas nécessaire ici en Amérique du Sud, tout prend une éternité, car les gens sont... lents ! Juste lents. Esprits latins ! Enfin, latinos pour être plus précis, car vous n’êtes pas sûr que ce soit si latin que cela.

Comme quoi, les facilités douanières tant espérées en Afrique et existantes en Amérique du Sud vous font gagner des processus, mais pas du temps. C’est le jeu de ce genre de voyage ! Vous prenez votre mal en patience, vous faites la queue, tout se passe bien. À son rythme, mais bien !

Ce temps est aussi l’occasion pour vous d’observer les habitants de ces contrées. Les pays sont tellement grands qu’on ne peut pas simplement y trouver un « air argentin », car en effet, du nord au sud, il y a à peu près 4 000 kilomètres. Le pays est partagé en régions qui présentent autant d’habitudes culturelles différenciées, que ce soit dans les vêtements, dans le langage ou dans les habitudes culinaires.

4 000 kilomètres, c’est la distance qui sépare à vol d’oiseau le cap Nord de la Norvège à Tarifa, au sud de l’Espagne. Cela vous donne une bonne idée des différences qui peuvent séparer différentes populations, même si elles habitent le même pays.

Sur la Ruta 40, lors de votre deuxième étape, vous avez été informé que vous allez traverser les fameux “73 malditos”, littéralement les 73 kilomètres maudits. C’est une piste en gravier très mou qui fait le malheur de beaucoup de voyageurs. Les gens vous conseillent de ne pas y aller en cas de pluie, ni sans des pneus de rechange, ni sans de quoi vous sustenter durant quelques jours en cas de panne, ni sans vous annoncer à la police, ni sans essayer de trouver un compagnon de route.

Bref, ces 73 malditos vous mettent mal à l’aise. Déjà parce que, comme déjà dit, vous ne souhaitez plus faire d’off-road, mais aussi parce que tant qu’on n’y est pas, il est difficile de se faire une idée du réel danger. Par exemple, vous avez des pneus de route, les seuls disponibles à Montevideo, pas de pneus mixtes ou de gommes de hors-piste. Vous avez bien un kit de réparation en cas de crevaison, idéal pour vos roues tubeless, mais est-ce que cela va suffire ?

À chaque arrêt, vous abordez le sujet avec des motards en voyage ou avec des locaux. La réputation de ces 73 malditos est trop présente pour vous permettre de vous faire une vraie idée des enjeux. Vous vous dites qu’après la Guinée, le Nigeria ou le Sani Pass, ça ne devrait plus vous faire peur. Ici, on parle d’une route en gravier… donc il y a une route, ce qui est une chance par rapport à certaines situations en Afrique où il n’y avait qu’un sentier pédestre à longer.

Vous décidez d’y aller comme ça, les mains dans les poches, avec votre moto telle qu’elle est, et vous aviserez sur place. En baissant la pression des pneus, vous êtes confiant que ça devrait le faire.

Pour l’instant, vous vous rapprochez de ce fameux bout de route en rejoignant El Calafate, sur le flanc est de la cordillère des Andes. Vous avez rendez-vous avec cette chaîne de montagnes mythique en fin de journée.

Ce mot d’El Calafate vous évoque des images de cité arabe, à l’intersection du désert et des premières montagnes. Longeant le désert de la Patagonie argentine, vous vous imaginez une cité orientale perdue sur un flanc de l’Argentine !

C’est tout le contraire. À quelques kilomètres seulement de la ville, vous quittez le désert de Patagonie pour entrer dans une forêt de pins qui s’élève de quelques centaines de mètres de dénivelé pour vous faire entrer dans un village aux allures alpines. Il y a des téléskis, de petits chalets en bois, et les gens sont en doudoune avec des bottes chaudes aux pieds. Pour un peu, on se croirait dans les Alpes.

La petite cité est la porte d’entrée d’un site très célèbre en Argentine, le glacier de Perito Moreno, qui est digne d’une vue de notre glacier du Rhône à nous, mais encaissé dans un décor étrange, mélangeant pins et pampas.

Vous apprenez rapidement qu’El Calafate, en espagnol, désigne le petit fruit d’un petit arbuste épineux de la Patagonie du sud. C’est une petite baie violette noire qui fait penser à nos mûres à nous. Rien à voir donc avec une quelconque origine orientale.

La surprise est à votre goût. Vous vous trouvez dans une station de ski remplie de touristes, avec tout ce que cela comporte comme avantages et inconvénients : des prix gonflés, une distance entre le personnel et les clients, une organisation millimétrée. Ici, fini l’aventure, vous êtes du côté “touriste” du voyage. Difficile d’y trouver des émotions et du rapprochement avec la population locale. Ce sera pour plus tard.

Vous profitez de la soirée pour déguster un bon plat italien dans une fabrique de pâtes artisanales. Cela fait du bien de retrouver des goûts presque oubliés.

Après une nuit dans un hôtel de randonneur, vous prenez votre courage à deux mains, car aujourd’hui, direction ces fameux 73 malditos ! Vous croisez les doigts.

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