Buenos Aires

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Vendredi, Mars 6, 2026 [ROMAN]

IA2V : chapitre 2.1

Buenos Aires est une ville chaude, qui transpire la danse et la dolce vita.

Ce n’est pas une manière de parler ; vous sentez immédiatement l’immense influence de tous ces Italiens venus rejoindre le nouveau continent à la fin du 19ème siècle. D’ailleurs, les quartiers se nomment “Palermo”, “La Boca” ou “San Telmo”. Partout, des restaurants italiens servent des pizzas napolitaines ou des pâtes fraîches. Mais tout ceci a été modifié pour correspondre aux goûts des Argentins. Ainsi, les pizzas sont des plats à partager, très fournies ; vous n’arriverez d’ailleurs pas à terminer une pizza tout seul dans cette capitale. Les pâtes sont souvent proposées avec trois sauces : une blanche sur une base de crème, une rouge sur une base de tomate, et une sauce rouge et blanche qui est le mélange des deux. D’ailleurs, à votre goût, ils mettent trop de sauce sur ces pâtes.

— Bonjour, vous êtes le patron ?

— Oui, c’est moi. Le repas vous a plu ?

— Oui, je suis moi-même italien, je trouve vos plats délicieux mais vous y allez fort sur la sauce, non ?

— Tu as raison, les Argentins aiment les pâtes comme ça. Si je faisais des plats à l’italienne, je n’aurais plus de clients. On doit s’adapter, tu comprends.

Tout est dit.

Votre moto étant toujours en transfert entre l’Afrique et l’Uruguay, vous décidez de profiter de votre temps à Buenos Aires pour découvrir la ville. Vous parcourez le jardin japonais, vous déambulez dans les rues et vous vous arrêtez parfois pour voir, sur un sommet d’escaliers, des couples danser le tango au son d’un téléphone portable. Le tango est une manière de vivre ici. Il est le symbole de la nostalgie et du sentimentalisme, faisant la part belle à la mélancolie. Une musique de gens déracinés qui s’ancrent dans le présent en jetant quelques coups d'œil au passé. D’abord principalement exécutée par les hommes, les femmes y ont pris une position très importante juste entre deux guerres. Voir un couple évoluer sur les trottoirs de la ville est très impressionnant. La fluidité des mouvements, les pas qui s’accordent en imposant des pauses au rythme, passant sans cesse du calme à la tempête. Regarder les pieds de ces danseurs taper sur le sol vous hypnotise.

Chaque quartier est d’ailleurs très typé, que ce soit celui du port, avec son casino et son cirque permanent qui voit défiler d’innombrables touristes ou la Plaza Serrano où vous pouvez déguster des plats typiques, de la bière tout en achetant à des colporteurs des bracelets ou des chapeaux argentins.

Dans le quartier de La Boca, vous discutez avec des fans de football, un autre aspect ancré dans l’ADN des Argentins.

— C’est le stade de La Boca, je suis un fan de toujours.

Vous le complimentez sur son maillot jaune et bleu.

— Oh, merci, ce sont les couleurs de mon équipe depuis 1907. Vous savez que Maradona a débuté sur les bancs de La Boca ?

Une fois lancé, vous ne pouvez plus l’arrêter. Mais l’histoire la plus surprenante, c’est ce Superclasico, un match très important pour les habitants de la capitale. Jusqu’en 1907, la concurrence était rude entre l’équipe de La Boca et celle des Alumni, toutes deux jouant en jaune et noir. De prime abord, on pourrait penser que c’était un problème argentin global ; le pays est grand mais il se trouve que ces deux équipes incroyables, les meilleures du pays, étaient voisines de quartier. Durant de nombreuses années, il y a eu passablement de conflits entre les supporters des deux équipes, chacune justifiant ses couleurs d’origine par une sorte de primauté du temps. En 1907, pour arrêter une fois pour toutes le conflit, les deux équipes décidèrent de jouer un match, un seul. Le gagnant conserverait ses couleurs d’origine et imposerait donc un changement de couleur à l’autre équipe. Ils appelèrent cela le Superclasico. La Boca a perdu. Les supporters, pour ne pas entrer dans une nouvelle tension due au choix des nouvelles couleurs, décidèrent de se rendre au port, à quelques rues de là. Le premier bateau qui entrerait dans le port leur donnerait leur prochaine couleur. Une foule imposante se dirigea vers le port de Madero. Ils attendirent peu de temps avant de découvrir leurs nouvelles couleurs, le bleu et l’or. Un bateau suédois entrait dans le port.

Vous n’en finissez pas de vous émerveiller des légendes et des traditions de cette ville sans cesse en mouvement. Vous dégustez le “pastel de papa”, une sorte de hachis Parmentier revisité, vous buvez du vin de Mendoza, et vous écoutez malgré vous Astor Piazzolla tout en déambulant dans une ville de gens heureux malgré une situation monétaire instable qui cause beaucoup de soucis à sa population.

Vous êtes d’ailleurs devenu ami avec le réceptionniste de votre hôtel, Davide, qui vous conseille des endroits à visiter, vous donnant à chaque fois une anecdote pour vous en dresser le portrait simplement.

Vous resterez un mois à Buenos Aires. Tandis que l’arrivée de Lily, votre moto, est prévue pour le 20 octobre, vous décidez de prendre la route de Montevideo le 18.

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