Blog infernal

Blog infernal

Mercredi, Juin 3, 2026 [ROMAN]

IA2V Chapitre 14.2

- Marcel, auparavant ! -

Marcel est assis devant l’ordinateur. Il vient d’éteindre son VPN. Il a contrôlé les statistiques de sa chaîne YouTube, quel kiffe !

Certaines vidéos ont flirté avec le million de vues, mais le plus impressionnant, c’est la répartition géographique des vues. La grande majorité est située en Suisse, de manière presque égale entre la Suisse allemande et romande, mais il y a aussi quelques vues en France et au Liban, pays d’origine de Jicé. C’est la preuve que son actualité intéresse au-delà d’Yverdon.

Semaine 6 : interview d’une heure avec l’ancien maire d’Yverdon.

Ici, on appelle ce monsieur un syndic. En fait, pour des raisons de collision d’agenda, c’est son assistant, Pierre, qui est venu répondre aux questions.

Morceau choisi :

“Non, en effet, il n’a jamais obtenu l’autorisation d’exploiter les cinémas, mais que voulez-vous, l’endroit est superbe et en tant que syndic, je dois peser les intérêts de chacun : la population locale qui désire voir des films dans de superbes salles, cet entrepreneur qui ne fait pas tout juste, c’est évident, mais qui génère de l’argent, des emplois et des animations pour notre cité. (Le syndic ne paraît même pas gêné). Enfin, j’ai une pensée pour les cinémas de la ville, on pourrait juger ma décision déloyale, en termes de concurrence, mais que voulez-vous, les temps changent. Les cinémas traditionnels doivent se mesurer à la concurrence, le fait que Jicé n’ait pas le droit, formellement, d’exploiter, c’est une mesure administrative. Les autres cinémas doivent agir comme s’il l’avait obtenue.

Semaine 5 : interview d’un ancien partenaire, au moment de la construction. Monsieur Gollay qui était en charge de l’électricité du bâtiment.

Morceau choisi :

“Oui, au début on lui faisait confiance, puis il a eu du mal à payer. On parle de la construction d’un bâtiment à 60 millions, donc c’est normal d’avoir quelques couacs financiers, mais quand on s’est aperçu qu’il y avait plus de 2 millions d’impayés pour le seul poste de l’électricité, cela nous a inquiétés. (Une pause. Monsieur Golay semble gêné.) Non, il n’a toujours pas payé à ce jour, nous sommes en procédure, mais vous savez comme c’est en Suisse, avec tous les moyens de recours, ce n’est pas près d’être terminé. Je ne sais pas si je récupérerai l’argent de mon entreprise. Heureusement, dans la plupart de nos mandats, nous travaillons avec des gens sérieux.”

Semaine 4 : interview de Mélissa Gendre, sa conseillère bancaire auprès de la banque cantonale.

Morceau choisi :

“À l’heure actuelle, nous ne comprenons pas comment Monsieur J arrive à s’en sortir. Nous sommes en procédure contre lui. Il a emprunté de l’argent à notre banque pour rembourser d’autres dettes sans nous en parler. Et nous sommes la quatrième banque à qui il a fait le coup. Comme nous sommes la banque du peuple, nous nous battons pour le principe, mais il y a bien des chances qu’on ne récupère jamais notre argent. Les dettes de ce monsieur sont tellement importantes que je ne sais pas ce qui va se passer. (Mélissa se replace dans son fauteuil. Elle hésite à poursuivre, visiblement gênée.) En effet, nous faisons le nécessaire mais nous ne nous battons pas vraiment, cela coûterait beaucoup trop d’argent, sachant qu’il y a bien des chances qu’à la fin, Monsieur J soit tout simplement insolvable.”

Semaine 3 : interview de Monsieur Vuillemier, maçon

Morceau choisi

“Je n’ai pas participé réellement à la construction du bâtiment, le monsieur avait ses chouchous. Mais parfois, je ne sais pas pourquoi, il m’appelait pour construire juste un mur, ou alors une barrière, dans le but de séparer les espaces. Moi ça me faisait du travail, alors je prenais, un franc est un franc. Et puis ça a commencé à dégénérer. Vous savez, moi je suis juste un artisan, un type sans problème, j’aime mon métier, je ne cherche pas les histoires. Mais le patron exigeait que je construise des murs dans des endroits improbables, chez des locataires, et, je l’appris à mes dépens, sans leur autorisation. C’était une sorte de jeu, pour mettre la pression sur les locataires. Une fois construit, il disait qu’il s’était trompé, il promettait de le détruire, mais il oubliait de réparer. Le temps défilait, une partie du local était inexploitable, les petits commerçants perdaient du chiffre et à la fin, acceptaient les conditions de Monsieur pour ne pas perdre plus… pour ne pas perdre tout. J’ai eu plusieurs procédures engagées contre moi, mais les gens sont sympas et je leur ai expliqué, alors ça n’a jamais été très loin. (Monsieur Vuillemier se gratte la gorge, il semble gêné). Non, même si un franc est un franc, j’ai arrêté de travailler ici. Dès que tu te mets à visiter les tribunaux, c’est rarement celui qui a raison qui gagne, seulement celui qui a le plus d’argent, et moi je n’en ai pas tellement.”

Semaine 2 : interview de Chantal Burqui, ancienne directrice d’Explosit

Morceau choisi

“Je me suis fait jeter comme une vieille chaussette, après plus de dix ans et plusieurs projets. Je n’ai pas compris. Mais depuis que je suis partie, je revis. Vous savez, quand vous êtes dans le truc, vous bossez, vous n’avez pas vraiment le temps de vous poser mille questions. Vous ne remarquez pas la phrase de trop, cette main qui reste un peu trop longtemps sur votre avant-bras, ce regard pesant sur votre décolleté, mais maintenant que je suis revenue à une vie normale. Je suis plus zen, moins fatiguée, moins sous pression. Qu’on se comprenne bien, Jicé n’a jamais dépassé les limites, même si les propositions ne manquaient pas, mais il respectait mon choix, celui d’aimer mon mari et de lui rester fidèle. Toujours est-il qu’on évoluait dans un environnement toxique, il nous guidait avec le bâton et la carotte, jamais le temps d’apprécier une victoire qu’il nous menaçait déjà en cas de défaite prochaine. Et des défaites, il en a eu, lui. À force de ne jamais nous écouter. Bref… (Chantal se lève, elle réunit ses affaires, elle fait dos au présentateur, elle semble gênée.) Merci de ne pas diffuser cela, je suis désolée, je n’aurais jamais dû accepter votre invitation. Je suis désolée.”

Semaine 1 : interview de Marcel, employé du restaurant

Morceau choisi

“Je ne sais pas, c’est pas vraiment important, si ? Du moment que tu as un travail, c’est sympa. Bien sûr que j’aurais voulu être payé plus, mais voilà, vu ma situation, je suis content d’avoir un travail. Des fois, il me payait plus. Je suis pas sûr que ce qu’il me demandait était légal, mais au lieu des habituels 9 francs de l’heure, je recevais un billet de 20 francs si je pénétrais chez d’autres locataires pour déchirer des documents ou voler du café. Il disait que c’était sur la demande des locataires qui n’étaient pas présents sur place. Que c’était important. Et pour moi, ben s’il a les clés, c’est qu’il a la confiance des locataires, non ?”

Ils avaient tourné les vidéos en 3 jours, dans ce local radio, sans que personne ne sache d’où ça venait. Marcel avait apprécié réaliser ce tournage, c’était une sorte de rêve de se retrouver derrière une caméra.

Marcel s’empare de son téléphone et envoie un court message sur Telegram.

Marcel quitte le local radio.

Et dire que c’est Jicé qui l’avait fait construire.

Il a rempli son office parfaitement : insonorisation, décor, fond vert, ce fut parfait pour ce dont il avait besoin.

Pas de commentaire encore
Recherche