
IA2V chapitre 1.1
Vous attendez.
Vous attendez.
Et vous attendez encore.
Vous avez débarqué à Buenos Aires début octobre. Vous avez présenté votre passeport. Il était tard. Vous êtes sorti de l’aéroport quand un homme vous a accosté. Il vous a demandé votre nom. Vous avez acquiescé et il vous a embarqué.
Il vous a amené dans un restaurant italien au centre de la capitale. Le restaurant était vide. Une fois à l’intérieur, on aurait dit que les tables étaient installées dans un couloir d’immeuble, avec une place à droite pour une seule table de quatre et suffisamment d’espace pour que le serveur puisse déambuler à gauche. Vous avez traversé ce hall/restaurant, dirigé par l’homme devant vous et escorté par l’homme derrière vous.
Au fond du restaurant, un homme âgé est assis. Il mange une assiette de pâtes. Il est en costard-cravate avec une écharpe rouge autour du cou. Il ne lève même pas la tête quand vous entrez. Il dit simplement :
— Bienvenue en Argentine.
Vous le regardez manger. Vous ne bougez pas.
Comme vous ne répondez pas, il lève son regard vers vous et vous invite à vous asseoir.
Une fois assis, vous saisissez votre passeport italien que vous lui tendez. Son garde du corps s’en saisit, l’ouvre à la page principale et en fait une photo avec son téléphone portable avant de vous le rendre.
— Tu as fait bon voyage ?
— Oui, c’était long.
— Tu vas adorer Buenos Aires.
Vous discutez longtemps. Une fois la glace brisée, il vous fait amener une assiette de Sorrentino, des raviolis revisités par les Argentins, plus gros et plus garnis, avec de la viande et du fromage. Il ouvre aussi une bouteille de vin rouge de Mendoza, du Malbec. Vous trinquez à la suite, à l’aventure.
— Tu vas te diriger vers le sud ?
— Oui, Ushuaïa comme premier but intermédiaire, puis direction le nord, mais par la côte ouest.
Il sourit. Il a un regard paternel et semble fier de vous.
Il montre d’un coup de menton une table derrière vous sur laquelle se trouve un porte-document.
— Tu le prendras en sortant. Tout est réglé : les autorisations pour la moto, l’assurance, le document de l’immigration. Il ne te reste qu’à te présenter au port de Montevideo pour prendre ta moto. Elle arrivera début novembre. Comme il y a une grève en ce moment, les délais sont un peu bousculés. Tu as l’argent ?
Vous saisissez une enveloppe dans votre poche et lui tendez.
— Oui, comme convenu.
Le garde du corps saisit l’enveloppe tandis que votre hôte se lève. Il s’essuie la bouche avec sa grande serviette blanche.
— Pour le reste, en Europe, je ne peux rien te promettre, mais nos équipes sont sur le coup. Disons que je peux te garantir que nous mettons tout en œuvre pour que ce soit possible.
Il vous regarde.
— De toute manière, on a encore le temps.
Vous vous levez alors qu’il s’approche de vous. Il vous prend dans ses bras dans une accolade sincère.
— Prends soin de toi !
Il s’en va.
Votre chauffeur prend le porte-document, vous le remet et vous mène jusqu’à la voiture.
Il vous dépose quelques minutes plus tard devant votre hôtel, un petit immeuble serré tout proche de l’obélisque de la capitale.
— Les billets pour le bateau sont dans les documents, il faut juste que tu choisisses la bonne date.

